................AREF-Info
se veut un lien d'information et d'échange entre les membres retraités de l'enseignement de la FNEEQ. Il paraît au rythme de
deux numéros par année. Il est envoyé à tous les membres en mai et décembre. En décembre, tous les
assurés reçoivent de La Capîtale les conditions de renouvellement de la police ainsi que des informations qui les concernent.
................Oeuvre collective, il est le résultat de l'effort conjugé des membres du CA. Vous comprendrez
qu'il s'agit là d'une charge assez lourde et que pour garantir la pérennite de ce lien privilégié nous souhaiterions
que plusieurs d'entrevous s'investissent dans la rédaction de textes d'intérêts rassembleurs. Au plaisir de vous lire bientôt.
Plaidoyer pour un "élan du cœur"......suite
Combien de temps avons-nous avant qu'il ne soit trop tard? Selon Hervé Kempf : "Il y a urgence. D'ici dix ans,
il faut avoir changé de cap".13
Alex Steffen affirme que "le consensus scientifique semble estimer que nous en avons encore pour environ vingt-cinq ans. Si l'hémorragie
du capital naturel ne cesse pas d'ici 2030, il ne nous en restera sans doute pas assez pour prendre un autre chemin"14. Le professeur
Jared Diamond affirme que "si nous ne nous ne faisons pas un effort déterminé pour résoudre les problèmes ou si
ces efforts ne donnent pas les résultats escomptés, le monde, dans son ensemble, à l'intérieur de quelques
décennies fera face au déclin du niveau de vie"15 (traduction libre).
Comment susciter un changement des consciences et un engagement à modifier radicalement nos habitudes de vie pour sauvegarder
la planète?
Là est la question! J'aime croire que notre génération, si nous le voulons vraiment, pourrait prendre les devants et
contribuer de façon significative à amorcer les changements requis. Les enjeux sont vitaux, et il m'apparaît
téméraire d'attendre et de miser sur ce que Serge Latouche appelle la "pédagogie des catastrophes"16 en
espérant qu'"elles soient assez grandes pour réveiller le monde, pas assez pour tout écraser…".16
Quoiqu'il en soit, il m'apparaît raisonnable de croire que devant l'ampleur des défis à relever, si l'on veut aider
réellement à sauver la planète pour ceux et celles qui viendront après nous, les changements ne peuvent être
que radicaux, qu'ils soient volontaires ou imposés par les événements. Le temps est venu d'arrêter de nourrir l'illusion
qu'il suffira de se donner des objectifs à court terme simplistes et de privilégier des solutions faciles à mettre en œuvre
et qui ne constitueront pas une entrave à notre mode de vie.
Que pouvons-nous et devons-nous faire? Serge Mongeau nous a rappelé que Gandhi croyait qu'aucune action, si petite soit-elle,
n'est inutile. Nous pouvons et devons faire le choix de croire que l'effet cumulatif de nos actions individuelles peut faire une différence.
Mais il ne faut pas s'attendre à faire une différence réelle en posant une seul geste ponctuel ou même par une
série d'actions réalisées à l'intérieur de quelques semaines. Personnellement, dans l'espoir de vraiment faire
une différence, je m'engage à changer certains aspects de mon style de vie et à poser une série d'actions consistantes,
pour le reste de ma vie.
D'abord, ce qui m'apparaît être une exigence incontournable, continuer de m'informer - les sources d'information sont innombrables -
sur les problèmes liés à l'environnement et sur les solutions à privilégier. Ce qui exige de faire des efforts
et de sacrifier du temps que je souhaiterais allouer à des activités autres.
Me donner comme mot d'ordre d'encourager systématiquement tout ce qui m'apparaît favorable à l'environnement et dé
courager systématiquement tout ce qui peut lui nuire même si ce faisant je dois me priver de certains biens de consommation ou de
certains privilèges non essentiels. Georges Monbiot, dans un texte paru dans le Courrier International, a écrit "Il me semble
que dans les pays riches, nous avons d'ores et déjà atteint le point où il faut logiquement s'arrêter… Existe-t-il
quelque chose que l'on pourrait raisonnablement définir comme relevant du bien-être et que les riches n'ont pas encore…".
Explorer la voie de la "simplicité volontaire"17 et pratiquer
"l'art de l'essentiel"18.
Utiliser mon pouvoir de citoyen. Lors de prochaines élections, à tous les paliers de gouvernement, appuyer les candidats qui mettent
l'environnement au premier plan. Nous devons reconnaître que la capacité de la société de répondre, dans une
perspective à long terme, à nos besoins en matière de santé, d'éducation, de culture, d'économie, etc.
est tributaire de la façon dont nous résoudrons ou non le problème de l'environnement.
En plus de voter, prendre le temps, à chaque fois que l'occasion se présente, de faire connaître à mes représentants
mon point de vue sur les questions environnementales. En agissant de la sorte, nos élus ne pourraient facilement conclure que leurs
commettants ne se sentent pas concernéspar les questions environnementales.
Utiliser mon pouvoir de consommateur. Nous avons le pouvoir d'acheter ou de refuser d'acheter les produits qu'on nous offre. Comme le dit Laure
Waridel "acheter c'est voter". Les entreprises ont pour objectif de faire des profits et il y a de bonnes chances qu'ils discontinuent les
produits que les consommateurs n'achètent pas. Éviter d'acheter, dans la mesure du possible, les produits dont le prix ne reflète
en rien les coûts environnementaux liés à leur production ou à leur transport. Encourager la production agricole locale
même s'il faut payer un peu plus cher et se priver d'un produit qui doit parcourir des milliers de kilomètres avant d'aboutir dans notre
assiette parce que ce faisant, j'accepte que la protection de l'environnement ait un coût.
Chercher constamment à réduire mes émissions de CO2. Utiliser ma voiture le moins possible et acheter des crédits de
carbone pour compenser les émissions que je ne peux éviter. Qu'avons-nous de mieux à léguer à nos enfants et
petits-enfants qu'un environnement sain?
Attirer l'attention du public, de mon entourage, sur les produits, pratiques ou politiques d'entreprises nuisibles à l'environnement.
Féliciter et encourager les entreprises qui posent des gestes favorables à l'environnement.
Contribuer au financement d'organismes voués à la défense de l'environnement même si pour ce faire je dois sacrifier un
voyage ou l'acquisition d'un nouveau bien de consommation non essentiels.
Investir du temps et des efforts dans des activités qui améliorent l'environnement au niveau local. Pour ceux d'entre-nous qui sommes
retraités, voilà une façon extraordinaire d'enrichir notre vie.
Chercher par tous les moyens de réduire mon empreinte écologique même si je dois faire des choses aussi difficiles que changer
des habitudes alimentaires qui reposent sur un mode de production non soutenable.
M'impliquer, en me joignant à des collectivités, dans la problématique environnementale même si je dois mettre au second
plan des préoccupations plus proche de mes intérêts corporatifs.
Il s'agit d'une démarche progressive. La liste pourrait s'allonger "au fur et à mesure que nos convictions se raffermissent"19.
Et, dans tous ces cas, de réels efforts sont requis. Je me permets de le répéter, nous devons faire preuve de courage et
d'abnégation, "de sacrifice volontaire de soi-même, de son intérêt" (Petit Robert).
Chose certaine, avec ce que nous savons, je crois sincèrement qu'il est tout simplement impossible que l'on puisse continuer sur la même
voie et éviter que la situation ne devienne incontrôlable. Il ne s'agit pas de devenir un ascète, ce n'est ni réaliste
ou ni nécessaire, mais il faut choisir un mode de vie plus simple. Nous devons avoir le courage de faire les efforts et les sacrifices
nécessaires pour que nos enfants et petits-enfants aient une chance raisonnable de jouir d'une qualité de vie au moins comparable
à celle que nous avons connue. À la manière de Michel Jurdant, je ne peux m'empêcher de formuler l'espoir qu'une grande
partie d'entre nous "sauront puiser dans leurs réserves de sensibilité et de conscience sociale pour avoir le courage de sortir
leur tête du sable, affronter les dures réalités et amorcer le mouvement de solidarité sans lequel rien n'est possible
"20. Peut-être nous faut-il un "élan du cœur" pour réussir…
Pierre Lévesque
1 Lester. R. Brown, Le plan B : Pour un pacte écologique mondial, p. 16
2 Alex Steffen, Changer le monde : un guide pour le citoyen du XXIe siècle, p. 15
3 Serge Mongeau, Parce que la paix n'est pas une utopie, p. 107
4 Agence de santé publique du Canada, La vie et le souffle : Les maladies respiratoires au Canada, 2007
5 David Suzuki, Time To Change: Essays
6 Lester R. Brown, Le plan B : Pour un pacte écologique mondial, p. 11
7 Science & Vie, septembre 2007
8 Mark A. Burch, La voie de la simplicité : pour soi et pour la planète, p. 31
9 James Lovelock, The revenge of Gaia
10 Alex Steffen, Changer le monde : un guide pour le citoyen du XXIe siècle, p. 21
11 Lester R. Brown, Le plan B : Pour un pacte écologique mondial, p. 322
12 Georges Monbiot, Heat: How to stop the planet from burning, p 15
13 Hervé. Kempf, Comment les riches détruisent la planète, p. 16
14 Alex Steffen, Changer le monde : un guide pour le citoyen du XXIe siècle, p. 17
15 Jared Diamond, "Collapse : How societies Choose to Fail or Succeed"
16 Serge. Latouche, Le pari de la décroissance, p. 279
17 Mark A. Burch, La voie de la simplicité : Pour moi et la planète.
18 Dominque Loreau, L'art de l'essentiel : Jeter l'inutile et le superflu pour faire de l'espace en soi
19 Serge Mongeau, La simplicité volontaire, plus que jamais…, p. 234
20 Michel Jurdant, Le défi écologiste, p.13